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Mammectomie bilatérale en prévention : "l’exemple" d’Angelina Jolie

mercredi 22 mai 2013 par Marc Girard

Mon silence sur la récente mammectomie bilatérale d’A. Jolie tient notamment au fait que, absolument pas intéressé par le cinéma, j’ignorais tout simplement qui était cette personne : ayant certes vaguement entendu son nom, j’aurais été dans l’impossibilité de dire s’il s’agissait d’un mannequin, d’une actrice ou d’une chanteuse (je crois d’ailleurs savoir que ces fonctions ne sont pas incompatibles) - strictement incapable, en tout cas, de la reconnaître sur une photo... Cependant, plusieurs correspondantes m’ont demandé de commenter cette affaire, et ce d’autant plus instamment que l’histoire est désormais présentée par de nombreux médias comme une sorte d’exemple idéal : l’époque a les héros qu’elle peut et les sagas qu’elle mérite...

Sans esprit d’exhaustivité, on trouvera donc ci-après quelques réflexions que m’inspire ce fait divers effectivement exemplaire à bien des égards.

Moyennant quelques recherches rapides sur Internet, il est facile de constater que l’intéressée a des antécédents d’automutilation apparemment assez caractérisés, joints à des pratiques de médicalisation non moins typiques (accouchements par césariennes réitérées [1], etc.). On se retrouve donc devant cette escroquerie iconographique contemporaine qui consiste à métamorphoser en hérauts d’une cause censément « noble » les pires représentants d’une éthique ou d’un comportement exactement inverses : il y a quelque ironie à transformer en porte-drapeau du mens sana in corpore sano quelqu’un qui, si j’en crois les médias, a passé sa jeunesse à se droguer, à s’ouvrir les veines et autres passe-temps de la même eau, attestant tous la profondeur de sa réflexion sur la place du corps dans « la vie bonne » [2] [3]...

Concernant plus abstraitement la prévention, celle-ci, eu égard au prérequis hippocratique intangible de « ne pas nuire », n’a de sens que dans la mesure où elle permet d’éviter un désordre significatif moyennant un inconvénient minime ou négligeable, ce qui n’est évidemment pas le cas en l’espèce : que se passera-t-il si, à côté de la mutation censée la mettre à 80% de risque cancéreux, on en découvre une seconde qui justifie justement que 20% des intéressées restent indemnes et que, comme par hasard, A. Jolie était également porteuse de cette seconde mutation ?

Relativement à d’autres risques sanitaires qui menacent les femmes au moins autant (les accidents de la voie publique, les cancers d’origine environnementale, les cardiopathies liées à une mauvaise hygiène de vie, les violences conjugales, les maladies professionnelles consécutives à des conditions de travail abominables…), la médicalisation du risque mammaire tire toute sa justification de l’impact psychologique lié au risque de mammectomie (bien davantage qu’à celui du décès) : il y a donc quelque ironie à recycler cette terreur induite au profit... d’une mammectomie préventive. Le meilleur moyen pour ne pas souffrir d’un cancer de la prostate, de l’estomac ou de l’intestin, ce serait effectivement de se faire retirer d’avance les organes en question – et, à la limite, la voie la plus sûre pour échapper à la peur de la mort qui ronge notre « culture du narcissisme », ce serait encore le suicide préventif : au moins et avec un minimum de programmation, on pourrait choisir le moment… J’oubliais : se crever les yeux serait également un insurpassable moyen d’échapper à la malédiction de la « dégénérescence maculaire » qui gâche tant de vies âgées…

D’un point de vue plus technique, à présent, la solution proposée à l’actrice est un nouvel aveu accablant relativement à l’escroquerie de la mammographie : car sur quoi repose la promotion de ce dépistage généralisé sinon sur la promesse que si ce cancer est détecté précocement, il ne conduira ni à la mammectomie, ni – encore moins – au décès ? Or, voilà une personne qui, même pas encore atteinte (et manifestement consentante d’avance à tous les excès d’une surveillance médicale potentiellement exorbitante), ne se voit proposer rien d’autre que ce qui est classiquement présenté comme la pire des issues en l’absence de dépistage : c’est du grand n’importe quoi…

Pour finir d’une façon sexuée parfaitement assumée, je maintiens que cet épilogue tragi-grotesque ne peut s’expliquer que par une tradition médicale profondément misogyne qui vise à désamorcer par la dislocation et la dévalorisation pseudo-scientifique l’effrayant potentiel de séduction du corps féminin.

[1] Je ne veux pas dire que des antécédents de césarienne traduisent nécessairement une inclinaison coupable pour une médicalisation abusive ; mais d’expérience, on trouve effectivement des femmes dont on peut parier, presque à coup sûr, que leur grossesse se terminera par une césarienne...

[2] Et je ne suis pas certain qu’être devenue un sex symbol cinématographique – avec tout ce qu’on croit connaître quant aux coulisses du phénomène – plaide en faveur d’une guérison morale.

[3] On voit le même type d’escroquerie iconographique avec les anciens staliniens devenus inconditionnels des « droits de l’homme », ou encore avec les pires produits du féodalisme hospitalo-universitaire qui pimentent leur retraite imméritée en critiquant de façon extraordinairement superficielle le système auquel ils doivent tout compte tenu de leur médiocrité palpable, ou enfin avec ces pseudo "lanceurs d’alerte" qui doivent tout de leur confortable notoriété à un supposé héroïsme dont les bénéfices sont bien plus évidents que les risques...


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