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Introduction : l’homme qui ne rit pas...

vendredi 15 juin 2018 par Marc Girard

"Lors de mon entretien avec le docteur Girard concernant les causes de la maladie de notre fille Jeanne [1] , nous avons rencontré un homme qui a su nous écouter.

À aucun moment, nous n’avons ressenti ironie ou moquerie de sa part (…)".

Le citoyen français qui me fait ainsi publiquement crédit de lui avoir épargné "ironie" et "moquerie" sait que selon les termes de la loi, il encourt des sanctions pénales en cas de fausse déclaration. Il exerce la profession de magasinier. Il raconte, avec ses mots à lui, la contre-expertise dont, avec son épouse, il a fait l’expérience en mon cabinet de Versailles, dans le cadre de la plainte avec constitution de partie civile qu’il a déposée depuis maintenant de longues années. Des dix lignes appliquées où il a concentré cette expérience, un souvenir prédomine, dont on sent bien qu’il le bouleverse encore au moment du récit : « à aucun moment » le Dr Girard ne s’est moqué…

Or, sur quoi portait donc cette contre-expertise pour laquelle l’expert qui s’est abstenu de rire mérite assez de reconnaissance pour qu’Antoine A. accepte sans une once d’hésitation de consigner dans une attestation écrite le souvenir qu’il en a gardé ? Simplement, sur la mort de sa fille – âgée de 11 ans seulement, après six mois d’abominables souffrances…

Il apparaît donc qu’en France, au début des années 2000 (c’est-à-dire de façon contemporaine de l’affaire d’Outreau qui pose, elle aussi, un important problème d’expertise), un expert judiciaire – médecin, de surcroît (à ce titre supposé doté d’un minimum d’inclinaison compassionnelle) – peut se voir couvert d’éloges au seul motif qu’écoutant des parents raconter la mort atroce de leur petite fille, il n’a pas ri…

"Nous avons rencontré un homme qui a su nous écouter et comprendre toute l’émotion que nous pouvions ressentir lors de l’évocation de ces faits."

Si ahurissante soit-elle, l’expérience d’Antoine A. et de son épouse n’est pas unique. La série dont je commence ici la publication sous le titre "Quand les victimes racontent leur expertise" est articulée autour d’une vingtaine de témoignages convergents – de victimes ou d’ayants droit de victimes décédées qui, avec généralement une ou plusieurs expériences initiales d’expertises, ont répondu avec ardeur, diligence et unanimité à ma demande pourtant inhabituelle de bien vouloir consigner leur expérience sous forme d’attestation écrite au sens des articles 200 et suivants du Code de Procédure Civile : ce, dans le contexte d’une affaire personnelle sur laquelle je reviendrai plus tard [2].

A la fois numérique et qualitative, une seule donnée permet d’introduire ce qui va suivre dans son ampleur et sa signification : de toutes les personnes ainsi contactées via leur avocat, toutes ont répondu dans des délais record, à une seule exception près – un ancien président du REVAHB…

Mais à mesure que, initialement sollicités à des fins privées [3], les témoignages s’accumulaient, un constat bouleversant s’imposait : d’une façon ou d’une autre, la plupart de ces gens disaient tous plus ou moins la même chose. Au-delà de leur effort pour caractériser au plus juste mon propre travail d’expert, c’est rien de moins que l’autre ou les autres expertises dont le profil se dessinait en creux : l’expert assez excentrique pour rester grave – et compatissant – quand on lui raconte l’agonie d’une enfant renvoie, nécessairement, à ceux qui réagissent différemment ou à ceux dont le travail est assez désinvolte pour qu’on en perçoive le mépris suinter comme l’évidence…

Sur la base des témoignages en ma possession, c’est ce profil de l’expertise judiciaire française que visent à reconstituer les premiers chapitres de la présente série : l’état des lieux apparaîtra d’autant plus effrayant que les thèmes en seront, on vient de le dire, répétitifs – et bien trop répétitifs pour n’être pas crédibles.

Outre par leur incontestable homogénéité et par leurs récurrences sidérantes, la crédibilité des attestations sera confirmée dans une seconde partie, illustrée d’éléments tirés de ma propre expérience – dont mes témoins ne pouvaient évidemment être informés. Ces recoupements établiront que les victimes qui ont accepté de témoigner avaient reçu cinq sur cinq ma mise en garde de ne pas en faire trop (« en aucun cas je n’ai besoin d’un témoignage de complaisance ou d’un faux témoignage » leur avais-je fait savoir) : il sera démontré que même ceux qui ont le plus ouvertement exprimé leur révolte ou leur émotion sont plutôt restés en deçà de la réalité, et qu’aucun n’est suspect d’avoir exagéré.

La publication de la présente série s’inscrit au croisement d’une réflexion sur (en général) l’effrayante dégradation de la justice française et (en particulier) l’impunité qui prévaut en matière de crimes pharmaceutiques - impunité qui s’impose de plus en plus comme l’horizon d’attente des fabricants et des médecins vaccinateurs.

Avertissement

Compte tenu du souvenir vif et personnalisé qui m’est resté de toutes les personnes dont j’ai assuré l’expertise, il m’apparaissait difficile, au début, de sacrifier aux exigences de l’anonymisation en leur attribuant, ex nihilo, un autre nom ou un autre prénom qui ne correspondraient à rien : c’était, pour moi, comme nier leur existence ou leur historicité. Malgré les apparences, il m’aurait paru plus digne et plus humain de les repérer par une simple numérotation et de me référer à eux comme « cas n° 1 », « cas n° 2 », etc. au moyen d’une grille de numérotation dont j’aurais gardé les clés dans ma tête, ou dans mon cœur.

Craignant, cependant, qu’une telle numérotation ne choque inutilement mes lecteurs, je me suis résolu à une solution intermédiaire. Pour le meilleur et pour le pire, chaque prénom a été ré-inventé, mais j’ai ensuite attribué une pseudo-initiale de nom selon un ordre strictement linéaire « A, B, C… » afin de faciliter les repérages ultérieurs et le référencement croisé : le lecteur sait que lorsque je parle de Marcel C., il s’agit de la personne qui vient immédiatement après Paul B. dans la présentation de cette première.

Je me suis également interrogé sur les exigences du respect, partant sur mon droit ou mon devoir de corriger, par rapport à un tel corpus où certains, d’origine parfois fort humble, ont fait des efforts d’expression écrite extrêmement inhabituels et alors même qu’ils étaient manifestement bouleversés. En même temps, ma demande explicite et pressante avait bien été « les mots du cœur, les mots de leur sincérité »… En foi de quoi, je me suis finalement résolu à ne corriger que les éventuelles fautes d’orthographe, ainsi que les articles omis par erreur, les lapsus calami évidents imputables à l’émotion, à l’inattention ou au manque de pratique rédactionnelle.

Dans la mesure du possible, j’ai également maintenu les diverses formes de soulignement (trait, capitales, changement de police pour ceux qui ont remis une attestation dactylographiée…) telles que voulues par les auteurs de ces attestations.

Enfin, quoique toutes les attestations se soient pliées aux exigences de la loi (art. 200 et suivants du Code de Procédure Pénale), je me suis abstenu de reprendre, à chaque témoignage, les formulations rituelles (« certifie l’exactitude des faits ci-après, auxquels j’ai assisté, ou que j’ai personnellement constatés (…) Cette attestation est établie en vue de sa production en justice et je suis informé qu’une fausse déclaration de ma part m’expose à des sanctions pénales ») sauf lorsque, pour une raison ou pour une autre, mon témoin a éprouvé le besoin de les reformuler d’une façon plus personnelle.

Outre celle du respect, l’exigence d’anonymisation tient également au point de vue de ce travail qui n’est en rien polémique, car la violence objective du propos y est simplement celle de la situation décrite. De plus, j’ai plus pressant, dans sa vie, que ferrailler avec les individus objectivement mis en cause par le texte qui suit, lesquels ne méritent pas tant d’honneur. L’objectif de cette série n’est pas d’établir une blacklist des experts indignes, mais de susciter une réflexion citoyenne sur les dysfonctionnements du système expertal français en vue de l’amender significativement : par conséquent, les défaillances individuelles, si estomaquantes soient elles, n’ont d’intérêt que parce qu’elles documentent les dysfonctionnements systémiques qui en organisent la pérennité et en garantissent l’impunité.

Il en résulte qu’en dépit de mon souci avoué pour la cohérence interne et le référencement systématique, l’évocation basculera dans le flou artistique dès lors qu’il s’agirait de citer les sources précises – évidemment en ma possession – qui permettraient d’identifier telle ou telle des personnes mises en cause : l’affaire X restée dans toutes les mémoires à cause de untel et untel deviendra « un scandale qui a défrayé la presse », l’arrêt de cassation numéro tant restera « un » arrêt parmi d’autres, etc. – même si certains connaisseurs n’auront parfois aucune peine à reconnaître la ou les personnes en cause. Dans la justice comme dans toute organisation humaine, il y a de toute façon trop de gens qui, des catastrophes où conduisent régulièrement leur incompétence, leur pusillanimité et leur perversité, tirent la démonstration des résistances que suscite immanquablement leur audace présumée : tout le monde leur en veut (sauf l’Agent comptable de l’Etat qui les paye en fin de mois)… Il importe donc de leur épargner l’opprobre qui les renforcerait dans leur mégalomanie.

Que le lecteur reste ainsi sur sa faim dès lors qu’il inclinerait à réclamer « des noms ! » s’inscrit naturellement dans le projet d’une réaction élevée aux situations ignobles relatées dans les pages qui suivent : aux antipodes d’une pratique médiatique prédominante, le but n’est pas d’exciter une indignation anecdotique et éphémère en dénonçant des individus, mais d’exhorter les citoyens et leurs responsables à une réflexion politique radicale sur les moyens dont ils entendent doter notre Justice.

Un dernier mot sur le reproche que ne manqueront pas de susciter les témoignages qui vont suivre : à savoir qu’ils tendent à accréditer que l’auteur se serait adonné à une sorte d’auto-panégyrique manichéen opposant l’ensemble des experts judiciaires - tous des cons ou des salauds (l’un n’étant pas exclusif de l’autre) - et le Dr Girard, seul contre tous dans l’excellence. En réponse :

  • j’ai assez de culture statistique pour ne pas croire que cette petite série (20 témoignages au total) serait extrapolable à l’ensemble des experts judiciaires ;
  • d’autre part, je n’imagine pas que, pour odieuses qu’elles soient, les quelques histoires qui vont suivre seraient suffisantes pour représenter l’inconcevable maltraitance dont notre système judiciaire a fait preuve à mon égard ;
  • néanmoins, il faut noter que la série qui suit n’a fait l’objet d’aucune sélection ni d’aucune censure : je publie textuellement l’intégralité des attestations que j’ai reçues ;
  • enfin, qu’il me soit permis de préciser que ces témoignages ont été réunis voici plus de dix ans maintenant : si l’enjeu était simplement de "la ramener" comme on dit vulgairement, on comprendrait mal l’intérêt d’avoir attendu si longtemps pour les présenter au public.

[1] Le prénom a été modifié.

[2] Je leur avais simplement demandé de bien vouloir raconter comment s’était passée leur expertise avec moi.

[3] À savoir dans le contexte d’un contentieux avec l’administration sanitaire qui refusait de rémunérer les expertises dont elle m’avait chargé au prétexte que j’étais juste un rigolo qui se fichait des victimes dont il avait la charge. J’ai déjà eu l’occasion de décrire le contexte légal et réglementaire de ces expertises (art. 3111-9 du code de la santé publique) et de révéler quelle fut la position aussi odieuse qu’imbécile du REVAHB dans le conflit très dur qui m’opposa au ministère de la santé au sujet de la réparation des dommages imputables à une vaccination obligatoire.


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