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Retour sur Monsanto : quand la démagogie mime « l’expertise »

mercredi 24 juillet 2019 par Marc Girard

RÉSUMÉ – Un lecteur me communique un récent article sur le Roundup et Monsanto, en l’opposant au mien. On essaie de comprendre ce qu’il a voulu dire en organisant la réflexion autour de trois axes : 1/ le contenu, 2/ la démagogie, 3/ l’usurpation de compétence. On conclut en constatant que, bien réel, l’antagonisme entre ces deux contributions est fondamentalement d’ordre moral.

TABLE DES MATIERES

  1. Introduction
  2. Vacuité
  3. Démagogie
  4. Usurpation
  5. Conclusion

Introduction

Peu après la mise en ligne de mon récent article consacré au Roundup et à Monsanto, un internaute assez futé de nature m’adresse un article extrait du site de Michel de Lorgeril (11/08/2018), intitulé Monsanto-Bayer et son Roundup face à des juges, en l’accompagnant du commentaire suivant qui m’a interpelé : « Marrant de relire cet article après publication du vôtre ». Que voulait-il dire ?...

Vacuité

La première chose qui frappe, à la lecture de cet « article » (n’ayons pas peur des mots…), c’est qu’il est vide du moindre contenu informatif : moyennant quelques vannes dont je n’ai compris quasiment aucune [1], on y parle pêle-mêle du Vietnam, de Trump, de Big Pharma, d’Air France, des vaccins, de Vioxx, de Volkswagen, des statines. Quel rapport ?

Démagogie

Puis on renvoie à un certain « Tribunal Monsanto » moyennant un article du Monde daté du 18/04/17. Une rapide recherche sur Internet permet d’apprendre que le fameux « Tribunal » n’a rien d’un tribunal et qu’il regroupe indistinctement des gens scientifiquement aussi crédibles que Seralini, des journalistes, des activistes, des parlementaires (dont une collègue digne de foi m’affirme qu’un d’entre eux aurait affirmé récemment : « on sait que le glyphosate n’est pas cancérogène, mais on continue car c’est politique »).

Dans mon précédent article, je reprochais aux commentateurs français du jugement Johnson leur obsession « de trouver une autorité qui leur donne raison, leur permettant du même coup de proclamer ‘la victoire de la vérité’ sans effort significatif de démonstration ». Un pas de plus est franchi avec ce pseudo-tribunal Monsanto, puisqu’il ne s’agit plus de trouver l’autorité qui leur donne raison, mais de la créer, sans le moindre effort significatif pour la justifier : sont présumés juges ceux dont on sait d’avance qu’ils ont les mêmes opinions que vous – indépendamment de tout questionnement sur la crédibilité de ces opinions.

Bizarrement, ce vide intellectuel sidéral semble stimuler les gens, comme illustré par le nombre important de réactions suscitées par ce texte de Michel de Lorgeril (près de 200 à l’heure où je parle). Tout se passe comme si plus c’est vide, plus ça plaît [2]. En l’espèce, on voit bien qu’il s’agit de suivre le courant d’une indignation vague, mais irréfutable car tellement générale, et si possible de « faire sa part » (comme le colibri) pour le faire mousser encore un peu plus. D’où, immanquablement, la question : qu’elle soit réelle ou usurpée, à quoi bon se prévaloir d’une « expertise » s’il s’agit simplement de participer au chœur des blaireaux ? Comme je le disais il y a déjà un certain temps (12/02/2002), « c’est tellement bon de se retrouver à bêler tous en choeur tout au fond du trou, quand on y est nombreux et bien serrés... » [3]

Usurpation

Le pompon, c’est de découvrir que l’auteur de cet article se présente comme « docteur en médecine, chercheur au CNRS, expert international en cardiologie et nutrition, membre de la société européenne de cardiologie » : c’est-à-dire énumérant une liste de compétences dont la caractéristique la plus saillante est qu’elles n’ont RIEN à voir avec le problème posé (la toxicité d’un herbicide)… Attendu que l’auteur s’affranchit de l’usage consistant à préciser l’instance qui vous a crédité du titre « d’expert », on voit bien que le subconscient est ici d’impressionner les gens par ce seul titre – et l’on s’étonne, bien entendu, de voir un membre aussi éminent de l’AIMSIB se placer si spontanément du côté des « experts », qu’il passe son temps à vitupérer dès qu’ils ne sont pas de son bord.

On retrouve le même cas de figure qu’avec Jadot et Rivasi, ces gens qui promeuvent les vaccinations après avoir conspué « les lobbies » sans s’être rendu compte que l’un des chantiers principaux de ces lobbies, c’était justement de maximiser le nombre de gens qui, comme eux, promeuvent les vaccins : pour terrasser ceux qui essaient de terroriser le vulgaire en arguant de leur « expertise », les gens de l’AIMSIB n’ont rien de mieux à contre-proposer que leur expertise présumée, sans la moindre compréhension du fait que la responsabilité citoyenne pourrait être, justement, d’ignorer les « experts ».

Cette contradiction énorme est illustrée par la conclusion d’un article encore plus récent de de Lorgeril [4] :

« Il est urgent de réunir un comité d’experts vraiment experts et vraiment indépendants (aussi bien des industriels que des administrations conniventes) afin de réanalyser et rediscuter les politiques vaccinales actuelles imposées (sans concertation réelle) aux familles et à leurs médecins ».

Il est douteux qu’à l’opposé de ce que prétend le titre avec une obstination d’humilité qui force le respect (« tout comprendre »), le lecteur de cet article « comprenne » que les industriels ne débarquent pas dans les pharmacies avec leurs lots de vaccins, mais que l’enregistrement de telles spécialités – qui, n’en déplaise à l’auteur, sont bel et bien des médicaments – présuppose un énorme travail d’expertise généralement réalisé à l’échelle internationale par de nombreux intervenants dont beaucoup peuvent, sur les vaccins, justifier d’un background très supérieur à celui de l’excellent Michel sur le même sujet (tant il est vrai qu’on ne peut pas être expert sur tout : sur le Vietnam, sur Trump, sur Big Pharma, sur Air France, sur les vaccins, sur Vioxx, sur Volkswagen, sur les statines – sans compter la « cardiologie » et la « nutrition ») [5].

Certes, ce n’est pas à moi qu’on va apprendre qu’il existe des problèmes avec l’évaluation des médicaments (dont les vaccins, j’y insiste). Mais je ne pense pas que la solution du problème passe par « un comité d’experts », et je le pense d’autant moins que Michel n’a jamais eu la main très heureuse quand il s’agissait de recommander ses « vrais » experts. Faut-il rappeler son enthousiasme pour Irène Frachon, l’adulation durable dont il a témoigné pour cette pauvre gourde démontrant, au contraire, la superficialité de sa réflexion concernant le système d’expertise qui préside à l’évaluation des médicaments ? Pour s’en tenir aux vaccins, faut-il rappeler que son premier choix quand il s’est agi de désigner une « experte » en la matière s’était porté sur Sylvie Simon, dont la seule formation connue fut celle de mannequin ? Faut-il rappeler qu’il a récidivé en cautionnant comme référence crédible sur Gardasil quelqu’un qui, à l’instar de S. Simon, a besoin de s’inventer une compétence de « journaliste » (qu’elle n’est pas, jusqu’à plus ample informé) pour justifier ses prises de position assez psychédéliques sur les vaccins et sur l’autisme. Faut-il enfin rappeler l’article paru dans Nexus, d’une consternante indigence intellectuelle, dont on aurait honte d’avoir cosigné la moindre phrase et dont, pourtant, Michel a assumé sans sourciller le leardership « scientifique ».

Conclusion

Sur la base du schéma esquissé plus haut (1/ Vacuité ; 2/ Démagogie ; 3/ Usurpation), il est désormais possible de reconstituer le raisonnement qui a conduit mon lecteur à opposer l’article que de Lorgeril a consacré au glyphosate et le mien portant sur le même sujet.

  1. Le contenu de mon article, c’était d’informer mes lecteurs de l’existence d’une décision juridique définitive, pertinente pour la France et reconnaissant la toxicité neurologique des phytosanitaires. Je n’ai pas la compétence pour lancer une recherche bibliographique sur la jurisprudence de l’espèce, mais il est incontestable que la décision en question est à tout le moins exceptionnelle, peut-être même unique.
  2. L’une de mes lectrices les plus fidèles s’est indignée que, dans cet article fort critique avec les activistes anti-Monsanto, j’aie donné l’impression de « prendre le parti » du fabricant de Roundup : il n’est pas besoin d’entrer dans le détail de ce reproche, qui suffit à lui seul pour m’exonérer d’avoir suivi le courant d’opinion dominant qui dénonce à cor et à cris la crapulerie criminelle de Monsanto.
  3. Loin d’usurper une expertise qui n’est pas la mienne, j’avais introduit mon propos en soulignant qu’il ne relavait pas de ma compétence naturelle. Mieux : j’avais poussé le scrupule jusqu’à reproduire textuellement la contribution qui, nonobstant cette incompétence revendiquée, avait fondé la conviction de la Cour. Lorsqu’on a la prétention d’être un type sérieux, ce n’est pas une expérience jouissive, je peux vous le dire, d’exposer publiquement un travail où l’on a avancé seul et tout nu [6].

À ce niveau d’antagonismes, le contraste entre l’article de de Lorgeril et le mien ne relève pas seulement d’un différend scientifique, ni même épistémologique : il est d’ordre moral.

P.S. du 26/07/19

Un lecteur me communique ce commentaire sur l’article qui précède (je reproduis fidèlement).

« sympa, le mec qui connaît quelqu’un qui lui a dit qu’il a entendu un mec qui à dit...

"dont une collègue digne de foi m’affirme qu’un d’entre eux aurait affirmé récemment : « on sait que le glyphosate n’est pas cancérogène, mais on continue car c’est politique »"

On sait que .... achement scientifique pour qqq’un qui tacle tout le monde dès qu’il y a une virgule qui n’est pas démontré scientifiquement... ca fait tâche.

Il suffit de sortir l’étude plutôt que de pérorer »

En réponse, je maintiens que quand on ne maîtrise les règles élémentaires ni de la syntaxe, ni de l’orthographe, on devrait éviter les prises de position publiques : le débraillé formel n’est jamais un bon signe quant à la maîtrise du fond. En l’espèce : 1) de quelle « étude » parle-t-il ? Ma supériorité sur cet imbécile doit tenir à une capacité d’avoir de vrais échanges avec les gens, qui sont loin d’être tous des « études » ; 2) on ne peut pas imposer à toutes les taches qui utilisent Internet comme sex toy (probablement faute de mieux) la tâche de reconnaître le rôle des parenthèses dans la discrimination entre l’essentiel et l’accessoire…

[1] Dans Madame Bovary que je crois bien connaître, les calembours caractérisent Rodolphe, le bellâtre par excellence.

[2] C’est une expérience que l’on peut facilement faire sur le site d’Amazon – du moins en France (c’est moins caricatural à l’étranger) : lorsqu’on voit que les réactions suscitées par un livre se comptent par centaines –, on peut tenir pour quasiment assuré qu’il est nul.

[3] Je concède à mes intransigeants critiques qu’il n’est pas courant d’entendre des blaireaux bêler…

[4] AIMSIB. Coqueluche, hépatite B, vaccins combinés : Tout comprendre en 180 pages, 18/07/19)

[5] La question n’est évidemment pas de limiter sa réflexion politique à son seul domaine d’expertise, lequel est nécessairement étroit. Mais, alors que la question cruciale du présent site c’est comment faire valoir ses droits de citoyens nonobstant les « experts », on voit bien que les gens de l’AIMSIB n’ont d’autre légitimation pour leurs interventions dans le débat public que leur « expertise » présumée, laquelle – c’est flagrant avec les vaccins – n’est rien de plus qu’une grossière usurpation.

[6] Je note en passant que la publication de cette contribution ne m’a, pour l’instant, valu aucune critique des collègues qui avaient compétence pour m’en adresser.


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